Iran : « Les viols sont essentiels pour empêcher les femmes anti-Islam d’entrer au paradis »
TTS00:00 / 00:00
MP300:00 / 00:00

Le 7 décembre 1986 demeure une date récurrente dans les débats sur la mémoire de la répression iranienne. Ce jour-là, des propos attribués à Rouhollah Khomeini circulent dans des rapports, témoignages et travaux universitaires. Ils portent sur des accusations de viols de masse dans les prisons de la République islamique et sur leur justification par une lecture radicale du droit religieux. Leur brutalité choque encore aujourd’hui, moins par leur singularité que par ce qu’ils révèlent d’un système où l’idéologie s’est confondue avec la mécanique de l’État.

  • Les déclarations de Khomeini évoquent des viols de masse en prison pour justifier la répression.
  • Ces violences s'inscrivent dans une logique de terreur méthodique contre les opposants politiques.
  • Il n'existe pas d'enregistrement officiel, mais ces crimes sont largement documentés et reconnus.
  • Le silence du pouvoir religieux favorise l'impunité et montre la confusion entre religion et autorité politique.

Ces déclarations, souvent présentées comme une réponse à des interrogations internes au régime, ne peuvent être dissociées du contexte politique de l’époque. L’Iran sort alors à peine de la révolution de 1979 et s’enfonce dans une guerre meurtrière contre l’Irak. À l’intérieur, la priorité du pouvoir est la neutralisation de toute opposition, réelle ou supposée. Les prisons deviennent un instrument central de cette stratégie, non seulement pour punir, mais pour briser psychologiquement les opposants.

La violence sexuelle comme instrument de terreur d’État

La question des violences sexuelles en détention n’apparaît pas par hasard dans les années 1980. Dès 1982, des ONG internationales commencent à recueillir des témoignages concordants évoquant viols, agressions sexuelles et humiliations systématiques, en particulier à l’encontre de femmes détenues pour des motifs politiques. Ces pratiques ne relèvent pas d’exactions isolées. Elles s’inscrivent dans une logique de terreur méthodique, destinée à détruire psychologiquement les opposants et à dissuader toute contestation visible.

Les propos attribués à Khomeini, rapportés notamment par des sources issues de la diaspora iranienne et par des rapports d’organisations de défense des droits humains, évoquent une rationalisation religieuse de ces violences. Selon cette logique perverse, la sexualité devient un outil de domination idéologique, intégré à une vision théologique du châtiment et de la pureté. Il ne s’agit pas seulement de tolérer des crimes, mais de leur donner une cohérence doctrinale, permettant à l’appareil répressif d’agir sans remise en cause morale interne.

Un point mérite toutefois d’être clairement établi. Il n’existe pas d’enregistrement audiovisuel officiel d’une déclaration publique, datée et diffusée, dans laquelle Khomeini s’exprimerait explicitement sur ces accusations le 7 décembre 1986. Les historiens parlent donc de propos attribués, reconstruits à partir de sources indirectes mais multiples. Cette absence de trace officielle n’invalide pas les faits eux-mêmes. Les violences sexuelles en prison, elles, sont largement documentées et reconnues par des instances internationales indépendantes.

Le silence complice et l’impunité structurelle

Le silence du pouvoir religieux face à ces crimes constitue en soi un élément accablant. Aucun texte, aucune fatwa, aucune prise de position publique n’est venue condamner clairement ces pratiques. Au contraire, l’impunité dont ont bénéficié les responsables pénitentiaires et judiciaires indique une acceptation tacite, sinon une approbation idéologique. Cette absence de condamnation éclaire d’un jour cru le fonctionnement d’un régime où la confusion entre autorité religieuse et autorité politique rend impossible toute protection effective des droits fondamentaux.

Pour de nombreux chercheurs et juristes, ces événements illustrent une dérive structurelle de l’islamisme politique lorsqu’il s’érige en système de gouvernement total. La religion n’est plus alors un cadre spirituel, mais un instrument de contrôle social, capable de justifier l’extrême violence au nom d’une vérité supposée supérieure. La question posée dépasse largement le cas iranien. Elle interroge les mécanismes par lesquels une idéologie, quelle qu’elle soit, peut neutraliser toute limite morale lorsqu’elle s’empare de l’État.

Plus de quarante ans après la révolution iranienne, ces faits continuent de hanter le débat international sur les droits humains. Ils rappellent que la vigilance n’est pas un luxe théorique, mais une nécessité politique. Là où le pouvoir religieux devient pouvoir absolu, les corps, et d’abord ceux des plus vulnérables, cessent d’être protégés par le droit. Ils deviennent un champ de bataille idéologique, au mépris de toute dignité humaine.

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire