- Julia Monet
- Politique
Il aura fallu un entretien au média en ligne Le Crayon pour que Ségolène Royal ressorte du garage une vieille idée bien huilée : face aux rodéos urbains, la répression serait non seulement inutile, mais presque criminogène. Une prise de position qui fleure bon la pédagogie compassionnelle, agrémentée d’un soupçon de romantisme mécanique et d’un oubli soigneusement entretenu des nuisances quotidiennes subies par les riverains.
- Ségolène Royal prône une approche pédagogique pour les rodéos urbains, plutôt que la répression.
- Elle propose de transformer cette passion en opportunité avec des circuits fermés et une formation professionnelle.
- Son idée inclut la création d’écoles de cascadeurs pour le cinéma, pour valoriser la mécanique utilitaire.
- Elle attribue aussi à son futur programme un souhait d’améliorer la France à travers des politiques écologiques et sociales.»
« Les gamins à qui on prend les deux-roues, ils ont une passion. C’est déjà formidable d’avoir une passion ! », s’enthousiasme l’ancienne candidate à la présidentielle de 2007. Certes, reconnaît-elle du bout des lèvres, « ils font n’importe quoi et c’est très dangereux ». Mais l’essentiel est ailleurs : confisquer et broyer les motos serait une erreur stratégique majeure. « Et que deviennent les gamins derrière ? Eh bien ils font du trafic de drogue, du cambriolage », affirme-t-elle, sûre de son raisonnement en ligne droite, sans virage ni chicane.
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La passion du deux-roues comme politique publique
Dans cette démonstration, la moto devient presque un objet d’émancipation sociale. À écouter Ségolène Royal, il suffirait de canaliser cette énergie débordante pour transformer des auteurs de rodéos en citoyens modèles, voire en futurs professionnels. « Il faut les sortir du quartier », insiste-t-elle, comme si le bitume des zones pavillonnaires ou des centres-villes n’avait jamais connu de scooters rugissants sous ses mandats ministériels.
La solution ? Des circuits fermés, des internats scolaires et une pédagogie encadrée par des figures d’autorité. « Vous les mettriez sur un circuit qui n’est pas utilisé, comme à l’autodrome de Montlhéry », propose-t-elle, avant d’imaginer un encadrement mêlant « motards, gendarmes, etc. ». Le tout assorti d’un retour à l’école et d’une formation professionnelle, histoire de transformer un wheeling sauvage en trajectoire d’insertion républicaine.
Quand le scooter devient un horizon professionnel
L’ancienne ministre ne s’arrête pas là. À la mécanique utilitaire, elle ajoute une touche de glamour. « Vous les mettez dans une école de cascadeur pour le cinéma français. On est obligés d’aller les chercher à l’étranger, les cascadeurs », déplore-t-elle. Une proposition qui ne manquera pas de faire sourire les amateurs de symboles politiques, tant l’image du deux-roues motorisé évoque immanquablement d’autres épisodes de la vie publique française.
Difficile, en effet, de ne pas penser aux escapades discrètes en scooter de François Hollande, casque sur la tête et sacoche en bandoulière, devenues malgré elles un classique de l’imaginaire politique hexagonal. À l’époque déjà, le deux-roues incarnait une forme de liberté assumée, sinon encadrée. Reste à savoir si la passion motocycliste suffit à faire une politique publique cohérente.
La foi intacte dans une France alternative
Comme souvent, Ségolène Royal élargit ensuite le propos. Si la France va mal, c’est aussi parce qu’elle n’a pas été élue. « La France ne serait pas dans l’état dans lequel nous sommes si été élue présidente de la République », affirme-t-elle, convaincue. Elle déroule alors le programme d’un quinquennat fantôme : puissance écologique affirmée, agriculture protégée, école sanctuarisée, système de santé préservé et jeunesse orientée vers « les filières industrielles du futur ».
Pour étayer cette vision, elle convoque son bilan à la tête de la région Poitou-Charentes. « J’ai dirigé une région. Ça n’avait rien à avoir avec une autre région », assure-t-elle, citant la culture, la jeunesse, l’intégration du handicap ou encore les énergies renouvelables. Elle rappelle même avoir soutenu une usine de voitures électriques « avant l’heure », celle de Mia Electric, liquidée en 2014, preuve que l’anticipation politique ne garantit pas toujours l’arrivée à destination.
Au final, entre école de cascadeurs et nostalgie d’un pouvoir jamais exercé, la proposition laisse une impression de déjà-vu. Une France où les scooters ne feraient plus peur, où la passion remplacerait la sanction, et où le bruit des moteurs serait enfin considéré comme une promesse d’avenir. À condition, bien sûr, de ne pas trop regarder dans le rétroviseur.