- Julia Monet
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Certains électeurs de droite y ont cru. Sincèrement. Rachida Dati, qualifiée au premier tour avec plus de 25% des voix, semblait avoir ses chances face à Emmanuel Grégoire. Pourtant, une analyse froide des chiffres révélait qu’à moins d’un miracle électoral, sa victoire était mathématiquement quasi impossible. Décryptage.
- Les analyses statistiques prévoyaient une victoire de la gauche à Paris en 2026.
- La mobilisation massive des électeurs de gauche a changé le résultat final.
- Le report de voix et la hausse de participation ont favorisé Emmanuel Grégoire.
- Les résultats réels confirment l'importance d'une lecture précise des chiffres électoraux.
Une fragmentation porteuse d’espoir… en trompe-l’œil
Le premier tour a dessiné un paysage politique parisien éclaté, avec cinq blocs dépassant les 10%. Emmanuel Grégoire arrive largement en tête sans majorité absolue, une configuration qui laisse croire que tout reste ouvert, que les alliances et les reports de voix peuvent faire basculer le scrutin.
La réalité du second tour balaie ces illusions : Grégoire remporte une victoire écrasante avec 50,52% des suffrages, contre 41,52% pour Dati. Un résultat qui était, en vérité, presque écrit d’avance pour qui savait analyser les voix plutôt que raisonner en pourcentages.
Les reports de voix : un calcul qui semblait favorable
À l’annonce des résultats du premier tour, les alliances se dessinent rapidement :
- Pierre-Yves Bournazel (92 000 voix) fusionne sa liste avec celle de Rachida Dati
- Sarah Knafo (84 000 voix) se désiste en appelant ses électeurs à « faire barrage à la gauche », malgré le refus d’alliance officielle de Dati
Faisons le calcul : si tous les électeurs de Bournazel et 75% de ceux de Knafo basculent vers Dati, cela représente 92 000 + (0,75 × 84 000) = environ 150 000 voix supplémentaires au second tour.
C’est très exactement ce qui s’est produit : 206 000 voix du premier tour + 150 000 de report = 356 000 voix, soit à peine 4 000 de plus que les 352 000 effectivement récoltées par la candidate LR au second tour.
Dans le camp adverse, Sophia Chikirou perd 28 000 voix entre les deux tours (de 95 000 à 67 000), ses électeurs ayant massivement basculé vers Grégoire pour faire barrage à la droite, malgré une performance saluée lors des débats télévisés.
Sur le papier, la droite passait

Sur ces hypothèses, le tableau du second tour aurait dû ressembler à ceci :
- Emmanuel Grégoire : 308 000 + 24 000 = 332 000 voix
- Rachida Dati : 206 000 + 156 000 = 362 000 voix
- Sophia Chikirou : 71 000 voix
La droite l’emportait. C’est ce calcul qui a nourri l’espoir de Rachida Dati et de ses soutiens, malgré une campagne chaotique, un capital sympathie limité et plusieurs affaires embarrassantes.
Le facteur décisif : la mobilisation de gauche
Sauf que Paris reste historiquement une ville de gauche. Et les électeurs de gauche se sont massivement mobilisés, faisant grimper la participation entre les deux tours :
| Indicateur | 1er tour | 2e tour |
|---|---|---|
| Votes exprimés | ≈ 810 000 | ≈ 847 000 |
| Participation | ~58,9 % | ~61,6 % |
Ces 37 000 voix supplémentaires ont changé radicalement la donne. Si on les ajoute au profit d’Emmanuel Grégoire, le tableau devient :
- Emmanuel Grégoire : 308 000 + 24 000 + 37 000 = 369 000 voix
- Rachida Dati : 356 000 voix
- Sophia Chikirou : 71 000 voix
Même avec ces hypothèses prudentes, Rachida Dati perdait déjà les élections.
Les résultats réels : une prédiction quasi parfaite
Voici les vrais résultats des municipales à Paris :
| Candidat | Parti / Coalition | Orientation | 1er tour (voix) | 1er tour (%) | 2e tour (voix) | 2e tour (%) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Emmanuel Grégoire | PS EELV PCF |
Gauche | ≈ 308 000 | 37,98 % | 428 143 | 50,52 % |
| Rachida Dati | LR MoDem UDI |
Droite | ≈ 206 000 | 25,46 % | ≈ 352 000 | 41,52 % |
| Sophia Chikirou | LFI | Extrême gauche | ≈ 95 000 | 11,72 % | ≈ 67 000 | 7,96 % |
| Pierre-Yves Bournazel | Horizons Centre indépendant |
Centre | ≈ 92 000 | 11,34 % | – | – |
| Sarah Knafo | Reconquête | Extrême droite | ≈ 84 000 | 10,40 % | – | – |
| Thierry Mariani | RN | Extrême droite | ≈ 13 000 | 1,6 % | – | – |
| Autres candidats | LO NPA divers |
Extrême gauche | ≈ 12 000 | ~1,5 % | – | – |
Il n’était pas si difficile d’anticiper la mobilisation de gauche au second tour, les élections de 2020 offrant un précédent édifiant :
| Indicateur | 1er tour | 2e tour |
|---|---|---|
| Votes exprimés | ≈ 758 000 | ≈ 766 000 |
| Votes gauche (PS + EELV + LFI + alliés) | ≈ 336 000 | ≈ 373 000 |
| Votes droite (LR + RN + divers droite) | ≈ 198 000 | ≈ 261 000 |
| Votes centre (LREM) | ≈ 134 000 | ≈ 101 000 |
En 2020, alors même que la participation globale avait baissé entre les deux tours, la gauche avait gagné… 37 000 voix supplémentaires (373 000 – 336 000).
On retombe donc sur notre calcul avec une exactitude presque inquiétante :
- Emmanuel Grégoire : 369 000 voix (46%)
- Rachida Dati : 356 000 voix (45%)
- Sophia Chikirou : 71 000 voix (9%)
Avec ces projections, Grégoire gagnait de très peu, l’optimisme de Rachida Dati n’était donc pas totalement déconnecté de la réalité : un basculement de Paris à droite restait théoriquement possible.
Mais la dynamique historique de mobilisation de l’électorat parisien de gauche, couplée à une participation en hausse, a scellé son destin. Les chiffres ne mentent jamais. Il suffisait de savoir les lire.
